IDN francophones – à prendre ou à laisser ?

A l’heure de la consolidation du marché, beaucoup de domaineurs cherchent à se diversifier, voire pourquoi pas à se spécialiser dans une niche sur un marché qui lui ne l’est plus, niche. Alors on s’interroge, on se consulte, on se braistorme (bouh le vilain mot !). Bref, on cherche à innover, quitte à placer la barre du risque un peu plus haut que celle de la raison. Car après tout, qui ne tente rien n’a rien et sur un terrain ou le premier arrivé est le seul servi, les hésitations se payent comptant.

S’il est un thème qui revient souvent sur le tapis dans les discussions inter-domaineurs, c’est bien celui du potentiel des IDN (noms de domaine internationalisés). Vous savez, ces bestioles avec des accents dessus. Enfin pour les plus latins d’entre eux, car ailleurs, ces caractères spéciaux sont parfois la base d’une langue entière. L’Arabe par exemple. Ou bien le Japonais. Ou encore le Chinois. Prononcez “Chine” et les yeux des investisseurs brillent. Et quand on y réfléchit bien, celui qui a mis quelques pièces sur le potentiel des IDN chinois pourrait bien avoir eu une vision lumineuse. A l’heure où la croissance chinoise explose, l’Internet ne fait pas exception à la règle et les noms de domaine étant à la base de tout… en plus, un nom de domaine, ça ne pollue pas (enfin sauf vos boîtes e-mail lorsque la machine à spam tourne à pleine cadence) !

Difficile de se positionner sur une langue qu’on ne maîtrise pas, toutefois. Or tout domaineur francophone n’a pas la chance d’avoir une future belle-mère chinoise prête à tout pour convaincre son futur gendre d’épouser sa fille. Tout domaineur francophone n’a pas non plus les moyens de s’entourer des bons professionnels pour l’épauler dans sa démarche d’exploration des noms de domaine en caractères arabes. Mais tout domaineur francophone maîtrise le Francais (à des niveaux différents, mais méfiez-vous de l’eau qui dort : ce sont parfois ceux qui font le plus de fote d’aurtografe qui ont les meilleurs domaines). Et dans la langue de Molière, il y a des accents. Et là où il y a des accents, il y a des IDN. Eurêka ! (ne cherchez pas, eurêka.com est pris ;-))

Le sujet pourrait faire l’objet d’une dissertation en trois parties tant les paramètres en jeu sont nombreux et complexes (quid des adresses e-mails, de la tolérance par les moteurs de recherche etc). D’ailleurs, certains en connaissent un rayon en la matière et sortent régulièrement des analyses de haut vol. Mais je vais faire court et me contenter de répondre à la seule question importante : “T’y crois toi, aux IDN francophones ?”

Vous allez encore dire que je suis pénible avec mon .fr, mais pour moi, c’est définitivement l’extension moteur de la “croissance des mentalités” en France. Or A. elle n’est pas encore “IDN-isée” et B. elle ne le sera probablement pas de sitôt si l’on en croit les dires de l’AFNIC (même si la dernière prise de position officielle date un peu).

Car qu’on se le dise : à l’heure où la plupart des domaineurs étaient la truffe au vent (pour reprendre une belle expression d’Inonuffin, l’un des admins de forumndd.com) à ramasser leur premières pépites en .com il y a quelques dizaines d’années déjà, l’internaute français moyen ne savait pas ce qu’était un nom de domaine.

Le .fr a beau être arrivé trop tard en mode “ouvert à tous”, force est de constater qu’il est arrivé à une époque assez adaptée à une lente mais certaine prise de conscience.

Prenez 100 Francais dans la rue et demandez leur s’ils savent ce qu’est un IDN, pour voir. Ou demandez-leur s’ils tapent souvent des URL avec accent dans leur navigateur.

Par contre, si le .fr s’IDN-ise, il y aura double effet kiss cool au niveau de la prise de conscience. Et du monde au balcon au niveau des dépôts. Les domaineurs concurrencés par le grand public, le comble du bonheur pour les professionnels du second marché…

Si j’étais domaineur et réfléchissais à me positionner sur l’IDN francophone, je n’irai pas gratter la terre avec mes ongles pour trouver du second choix libre en .com, ou manger des racines avec du .net. Je ne pense pas que ceux-ci sortent des bas-fonds un jour. Par contre, je réfléchirais sérieusement à racheter du .com accentué de bonne qualité/premium sur le second marché. Rentable en parking au minimum, pour assurer l’essentiel à court et moyen terme au cas où la mayonnaise ne prenne pas à long terme.

Car quand l’heure viendra où le .fr s’ouvrira aux IDN – et je suis convaincu qu’elle viendra dans les 3 prochaines années – il va y avoir une redistribution intéressante des cartes. Les .fr accentués vont partir comme des petits pains car on n’apprend pas au vieux singe à faire la grimace, et il y aura des déçus.

Et comme au final rien ne vaut un bon .com, ceux qui attendront tapis dans l’ombre avec leurs fausses-nouvelles pépites dont beaucoup pensaient qu’elles ne valaient pas lourd quelques années en arrière pourraient bien être les grands gagnants.

Alors oui, je crois au potentiel des IDN francophones. Modérément et avec une vision à long voire très long terme, mais j’y crois. C’est sans doute le seul Eldorado potentiel restant dans le Grand Eldorado des noms de domaine dont les portes se referment lentement mais sûrement au fur et à mesure que les noms de qualité libres se raréfient. Car les IDN pourraient bien renfermer un pouvoir secret de démultiplication du potentiel et de la valeur des noms de domaine. Entre “marche” et “marché”, il y a une différence de taille contre laquelle tous les langages SMS du monde ne pourront rien. La langue est le socle de la communication et impose tous ses standards… même sur Internet.

PS : pour ceux qui souhaitent creuser et lire des discussions de passionnés (ou de sceptiques) sur le sujet, ce post sur forumndd.com peut s’avérer intéressant.

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